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AVIVA-BERLIN.de im Oktober 2017 - Beitrag vom 28.06.2011

Interview de Miss.Tic. Version française
A. Vartanian, K. Tencic

A Paris, de Montmartre à Ménilmontant, au détour d´un mur, des femmes libres et sexy, accompagnées d´aphorismes et jeux de mots fascinants, interpellent le passant depuis un quart de siècle.



Il est des quartiers où Miss.Tic, la street artist la plus connue de France, fait partie du paysage. Mais la "belle rebelle" est passée par le tribunal, et, le succès aidant, elle déambule maintenant de marque chic en galerie d´art, sans avoir rien perdu de sa verve, de son mordant, et de ses belles dents de poétesse du désir.


AVIVA-Berlin a été lui rendre visite dans son atelier parisien où elle prépare sa première exposition de pochoirs à l´Institut français de Berlin.

AVIVA-Berlin : Quel est l´origine de Miss.Tic, votre nom d´artiste depuis 1985 ?
MISS.TIC : C´est un clin d´œil à la Miss Tik du Journal de Mickey, une petite sorcière déjantée qui cherche à tout prix à chiper à l´oncle Picsou son sou fétiche, sans jamais y parvenir. C´était également important pour moi de signifier au public que c´était une femme qui s´exprimait dans l´univers totalement masculin du street art, une femme qui était l´auteure des pochoirs qu´on voyait fleurir sur les murs à Paris.

AVIVA-Berlin : Vous avez débuté dans l´illégalité en réalisant ces pochoirs la nuit, sans l´autorisation des propriétaires de murs ou d´immeubles où vous les posiez. Vous avez vécu les arrestations, les gardes à vue, les procédures judiciaires... Suite à vos mésaventures juridiques, vous avez décidé de travailler uniquement sur autorisation. Vous avez été sollicitée par des marques comme Louis Vuitton, UCAR ou le maroquinier Longchamp pour des campagnes publicitaires. Vous avez fait l´affiche du film La femme coupée en deux de Claude Chabrol. Aujourd´hui, vous exposez régulièrement en galerie. Comment avez-vous vu évoluer votre travail en passant d´un univers à un autre ?
MISS.TIC : Je recevais déjà des commandes publicitaires avant le procès que m´a intenté le propriétaire d´un immeuble en 1997. Ce qui a changé, c´est le travail dans la rue. J´ai commencé à demander des autorisations, à recevoir des commandes publiques de mairies. Je n´étais plus obligée de travailler la nuit. C´est devenu plus confortable pour moi. Avant, l´œuvre restait parfois inachevée. Je pouvais être interrompue ou arrêtée. Le public pouvait m´aggresser, même si j´étais toujours accompagnée par quelqu´un pour tenir les pochoirs. Il était difficile pour moi d´attendre deux ou trois heures du matin pour sortir travailler. Certaines fois, l´énergie me manquait. Je ne cherchais pas à m´opposer à un système répressif, à des institutions, ni au système des galeries. En mettant dans la rue mon travail d´atelier, je savais au contraire que je m´adressais à des professionnels.

© Aurélia Vartanian, Des faims de non recevoir, dans l´atelier de Miss.Tic


AVIVA-Berlin : L´illicite n´induisait pas une direction particulière dans vos messages, votre écriture, vos dessins ?
MISS.TIC : Visuellement, esthétiquement, rien n´a changé. Je produis la même chose. Tout est préparé en amont, à l´atelier. Quand je vais la poser dans la rue, l´oeuvre est déjà faite : le public ne peut pas savoir si elle est autorisée ou illicite.

AVIVA-Berlin : D´où vient votre talent pour les formules piquantes, votre goût pour la provocation ?
MISS.TIC : J´étais douée pour l´écriture et le dessin dès l´enfance. Après, c´est du travail. Je rêvais d´être danseuse mais un accident a brisé ce rêve, alors j´ai fait du théâtre. Je me suis mise à écrire pour le théâtre. Ce que je désirais finalement, c´était m´exprimer au travers d´un médium artistique, peu m´importait lequel, développer mes talents et devenir artiste. Je pense que le rôle de l´artiste est d´interroger ses contemporains. D´où ce que vous appelez mon goût pour la provocation. Mais je ne suis pas une militante. Je ne crois pas que la poésie peut changer le monde. Les gens atteingnent des niveaux de conscience plus developpés grâce à des petites révélations mises bout à bout.

AVIVA-Berlin : Dans votre série Miss.Tic attak, la femme représentée est une combattante, armée jusqu´aux dentelles. Ses armes habituelles (les dessous chics, les postures érotiques, les regards aguicheurs, "pièges" pour le désir masculin) y sont remplacées par tout un attirail allant du pistolet à la bombe à retardement, en passant par le poignard, le sabre, ou la main nue des arts martiaux. La femme sensuelle serait-elle l´archétype de la feminité classique, tandis que la femme en arme serait l´archétype de la virilité ?
MISS.TIC : Homme ou femme, nous portons absolument la même violence. L´état de la violence n´est pas une question de genre. Je m´intéressais aux femmes armées, à l´iconographie des guerrières dans la bande dessinée américaine, et j´ai voulu la revisiter. Mais je ne suis pas une théoricienne, je n´ai pas de démonstration psychanalytique à faire, je n´ai rien à en dire, si ce n´est à vous montrer ce que je fais.

© Aurélia Vartanian, Femme de l´être en compagnie de Gainsbourg, dans l´atelier de Miss.Tic


AVIVA-Berlin : Dans vos pochoirs, d´un côté, il y a vos textes, vos phrases, souvent interrogatives, ludiques, insolentes. De l´autre ces figures de femmes : femmes en arme, femme jouant de ses charmes… Quelques hommes, quelques chats, quelques couples, de plus en plus aujourd´hui. Comment travaillez-vous les associations et réassociations textes/images ?
MISS.TIC : J´écris d´abord et je fais des images ensuite. Après je compose les pochoirs par association. Au départ, je ne savais pas comment illustrer mes textes. Je les ai illustrés par des autoportraits, dont je me suis très vite lassée. J´ai décidé de m´inspirer de l´image générique de la femme des magazines féminins, de la mode, pour porter mon discours. Ce sont des images qui existent déjà et que je détourne. Et puis je me recycle moi-même, je me redétourne moi-même. Le sens d´un pochoir change lorsqu´un texte est associé avec une figure ou une posture différente.

AVIVA-Berlin : Votre choix initial de pratiquer l´art du pochoir de rue est-il lié à un désir intense d´aller à la rencontre du public sans attendre, sans passer par "le parcours du combattant" des galeries ?
MISS.TIC : Le mouvement parisien du street art était entamé et je voyais des artistes travailler dans la rue. Moi-même je faisais du théâtre de rue. Ce rapport au public me plaisait, je me suis identifiée avec la démarche des street artists, qui travaillent à ciel ouvert, et pour tout le monde.

AVIVA-Berlin : Paris est-il hanté par les pochoirs réalisés, effacés ou restés ?
MISS.TIC : Une fois posés, mes pochoirs sont un peu abandonnés. Ils ont leur vie propre. Parfois, alors que je les ai oubliés, certains sont encore là, et je suis surprise de les rencontrer...

AVIVA-Berlin : Vous savez combien de pochoirs vous avez fait ?
MISS.TIC : Non, pas du tout.

AVIVA-Berlin : Des quantités impressionnantes ?
MISS.TIC : Je crois ! Il n´est pas encore temps pour moi de faire mon catalogue raisonné... ça viendra un jour !

AVIVA-Berlin : Un Miss.Tic sur un mur écaillé, qui s´efface en quelques mois ou années, un Miss.Tic encadré, accroché aux cimaises d´une galerie : quelle valeur accordez-vous à chacune de ces formes ? Vos pochoirs des rues sont-ils perçus par le public commes des "actes gratuits" ?
MISS.TIC : Ceux qui sont dans la rue sont inappropriables. Aucune spéculation n´est possible. La représentation photographique est la seule manière de les capturer. Il me semble qu´en effet les gens les considèrent comme des actes gratuits. Les œuvres d´atelier, à l´inverse, sont monnayables et avec le temps elles prennent de la valeur. En ce qui concerne la création, l´intention, en revanche, les deux ont pour moi la même valeur.

AVIVA-Berlin : La transparence, la lisibilité, est-elle un impératif pour vous ? Comment vivez-vous le fait d´être compréhensible dans une autre langue mais aussi, potentiellement, intraduisible ?
MISS.TIC : Tout n´est pas traduisible. Certaines textes sont écrits pour la langue française. Je ne cherche pas à me rendre compréhensible de tous, ni dans une autre langue, ni dans ma propre langue. Il est normal que les gens ne comprennent pas tout. Je laisse à chacun son pouvoir d´imagination, son pouvoir d´interprétation, et son pouvoir de commentaire... Ce que le public comprend de ce que je veux dire lui appartient. Quand l´auteur a écrit son livre, les lecteurs en font ce qu´ils veulent. C´est le pouvoir de la lecture.

© Aurélia Vartanian, signature de l´artiste, dans l´atelier de Miss.Tic


AVIVA-Berlin : Vous sentez-vous proche, dans votre écriture, de la scène slam ?
MISS.TIC : A Saint-Germain des Prés, dans les années 70, je fréquentais déjà ces cabarets à la mode où on chantait en s´accompagnant à la guitare, où on lisait des textes. Depuis une dizaine d´années, on parle du slam, mais pour moi ça a toujours existé ! Effectivement, quand j´écris, j´entends ce que j´écris. Il m‘arrive même de faire des lectures dans des Salons du livre de mon dernier livre, où figurent des textes plus longs que les aphorismes des pochoirs.

AVIVA-Berlin : La notion de position est fondamentale dans votre travail. Position du corps, désirant, passant ou combattant, position politique, apolitique, poétique, artistique. Pour dessiner des corps vous inspirez-vous également des gens qui vous entourent ?
MISS.TIC : Je ne fais jamais de croquis quand je suis avec des gens. Je ne prends jamais de notes. Vous ne me verrez jamais avoir une idée fulgurante et sortir un carnet. Pour moi, le temps du travail et le temps de la vie sont complètements distincts. Les passerelles existent mais elles sont inconscientes. De même, j´aime faire de la photo mais je ne sors jamais mon appareil photo dans une réunion entre amis ou en voyage. Ou alors je décide, à l´intérieur d´un voyage, de faire de la photo. Dans ce cas là, j´ai le sentiment de me couper de la vie.

AVIVA-Berlin : Quels sont vos rêves en tant qu´artiste ?
MISS.TIC : J´ai réalisé mon rêve d´artiste. J´ai trouvé ma place dans le monde. Je suis vraiment heureuse. De vivre de ce que j´aime. De vivre dans un pays où on peut encore s´exprimer. Pourvu que cela dure...

AVIVA-Berlin : Si vous étiez élue présidente...? [ A chaque campagne présidentielle, Miss.Tic pose dans les rues de Paris des affichettes humoristiques ayant "MISS.TIC PRESIDENTE" pour slogan ].
MISS.TIC : Je me sauverais ! C´est un poste que je ne voudrais pour rien au monde !

AVIVA-Berlin : Y-a-t-il des lieux mythiques internationaux où vous aimeriez vous exprimer, comme sur le mur de Berlin ?
MISS.TIC : Non, parce que tout le monde l´a fait. Tous les artistes ont été peindre sur la muraille de Chine. Coller des affiches sur le mur de Gaza pour qu´on parle de vous ne me semble pas éthique. Je refuse de faire de la misère des autres, de la guerre des autres, mon fond de commerce. Je déteste les grands sentiments et les bonnes causes.

AVIVA-Berlin : Votre œuvre est-elle lacanienne ?
MISS.TIC : J´aime beaucoup lire de la psychanlyse, sans en avoir fait moi-même. Lacan m´amuse, c´était un homme de génie. C´est le Artaud de la pensée. J´adore le lire. Sinon, se sont principalement les surréalistes qui m´ont inspirée, et par dessus tout Henri Michaux.

© Aurélia Vartanian, Je ne brise pas que les coeurs, sous entendu "je brise aussi les couilles" ajoute Miss.Tic


AVIVA-Berlin : Pour finir, pourriez-vous citer spontanément trois phrases extraites de vos pochoirs ?
MISS.TIC : Je ferai jolie sur les trottoirs de l´histoire de l´art. J´aime bien le dernier aussi : Je ne brise pas que les cœurs. Et le troisième ce serait... art du désir ardu désir !

AVIVA-Berlin : Merci beaucoup pour cette interview et bonne chance pour votre exposition à l´Institut français de Berlin !

Le site web de Miss.Tic : www.missticinparis.com

AVIVA-Berlin annonce l´exposition à l´Institut français de Berlin

Pour lire cette interview en allemand

Interviews Beitrag vom 28.06.2011 AVIVA-Redaktion 

   




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