Interview de Catherine Ringer, francais - Aviva - Berlin Online Magazin und Informationsportal für Frauen aviva-berlin.de Interviews
AVIVA-Berlin .
.
P
R
.
.

etage7
AVIVA-Berlin > Interviews AVIVA-Newsletter bestellen
AVIVA-Berlin auf Facebook AVIVA-Berlin auf twitter
   Aviva - Home
   Veranstaltungen in Berlin
   Women + Work
   Public Affairs
   Kultur
   J√ľdisches Leben
   Interviews
   Literatur
   Music
   Sport
   E-cards
   Gewinnspiele
   Werben bei uns
   About us
   Frauennetze
 


Happy Birthday AVIVA




AVIVA wishes you a happy and peaceful New Year 2018




Aviva-Berlin.de

Versatel






 



AVIVA-BERLIN.de im Juni 2018 - Beitrag vom 27.10.2011

Interview de Catherine Ringer, francais
Aurélia Vartanian

Catherine Ringer et Fred Chichin se sont connus en 1979 et, jusqu`à la disparition de Fred à 53 ans en 2007, ce couple de musiciens exceptionnels a formé les Rita Mitsouko, ...



... groupe dont ils √©taient √† la fois producteurs, compositeurs et interpr√®tes. Fid√®les √† la salle de concert La Cigale √† Paris, dans le quartier de Pigalle, ils ont travers√© ces 28 ann√©es de chanson avec une ferveur, une g√©n√©rosit√© et une audace qui ont profond√©ment marqu√© la sc√®ne musicale fran√ßaise. Catherine Ringer rel√®ve aujourd`hui le d√©fi et sort Ring n`Roll, son premier album solo de "l`apr√®s-Rita". A cette occasion, elle revient sur sc√®ne √† la rencontre d`un public chaleureux o√Ļ souvent quelqu`un s`√©crit : "Catherine, on t`aime !"

AVIVA-Berlin : Votre style musical combine des influences très diverses : rock, funk, musique orientale, latine, pop, chanson, world-music, électro... Quelles sont, en dehors de la musique, les sources d`inspiration de vos chansons ?

Catherine Ringer : Beaucoup de choses m`ont inspir√©e. La science fiction, le roman, l`histoire, la g√©ographie, la philosophie ou m√™me les math√©matiques : il m`est arriv√© par exemple de composer une chanson sur le nombre z√©ro. J`ai √©t√© dans les biblioth√®ques, j`ai lu des textes, j`ai r√©fl√©chi √† ce que signifie ce nombre. Pour la musique elle-m√™me, je fais partie d`un monde musical moderne o√Ļ l`on peut sampler les bruits qui nous entourent, le son des objets, de la vie m√©canique, des moteurs, des oiseaux, sons qui peuvent √™tre aussi inspirants qu`une chanson qu`on aime. Je fais feu de tout bois : je suis une "enfant du zapping" peut-√™tre...?

AVIVA-Berlin : Tout au long de votre carri√®re musicale avec les Rita Mitsouko, et derni√®rement pour la chanson Pardon extraite de votre dernier album, vous avez apport√© un soin tr√®s particulier √† la r√©alisation des clips vid√©o qui accompagnent vos chansons. Vos clips sont des petits chefs d`Ňďuvre d`inventivit√©, d`originalit√© et d`humour, √† l`image de vos chansons. Celui de Marcia Ba√Įla r√©alis√© par Philippe Gautier en 1985 a √©t√© diffus√© au MOMA de New York. Quand vous √©voquez la science fiction, je pense au clip de Cool Fr√©n√©sie, sorte de dessin anim√© futuriste. Que racontent cette chanson et son vid√©o clip ?

Catherine Ringer : Cette chanson parle du voyage, de l`excitation d`aller vers de nouvelles terres, géographiques ou non. Elle raconte l`expérience du départ vers l`inconnu...

AVIVA-Berlin : A l`exception de l`album Vari√©ty sorti en 2007, pour lequel il existe, fait rare, deux versions, l`une en fran√ßais, l`autre en anglais, vous avez toujours chant√© en langue fran√ßaise. Certaines de vos chansons ont cependant, m√™me pour le public fran√ßais, un petit c√īt√© myst√©rieux. Vos textes sont-ils toujours clairs pour vous, ou gardent-ils parfois une part obscure, inconsciente, √† vos propres yeux ?

Catherine Ringer : Je sais toujours moi-m√™me de quoi je parle dans une chanson, mais il est vrai que, digne h√©riti√®re des Beatles, de John Lennon et de l`univers pop, j`ai √©cris beaucoup de textes qui peuvent sembler un peu obscurs. Dans Marcia Ba√Įla, notre premier succ√®s, les gens ne savaient pas si on disait "c`est la mort qui t`a assassin√©e Marcia" ou "c`est l`amor (l`amour, en espagnol) qui t`a assassin√© Mattias" ou bien ils ne comprenaient pas que Morretto √©tait le nom de famille de Marcia, la jeune danseuse argentine disparue des suites d`un cancer dont parle cette chanson. Depuis que je suis gamine, je sens en moi cette impulsion √† √©crire sous forme po√©tique des choses indicibles et j`ai essay√©, toute au long de ma carri√®re, d`exprimer ces choses de plus en plus clairement, encourag√©e en cela par mon partenaire musical Fred. "Soit plus claire, c`est plus agr√©able ! Point trop n`en faut, des choses incompr√©hensibles !" me disait-il.

AVIVA-Berlin : Les Rita Mitsouko ont √† leur actif de tr√®s nombreux tubes, connus d`un tr√®s large public : Le petit train sorti en 1988, Andy, C`est comme √ßa, ou Les histoires d`A en 1986, Marcia Ba√Įla en 1984... Parmi vos chansons, quelles sont celles que vous voudriez que les gens √©coutent encore dans un si√®cle, deux si√®cles ?

Catherine Ringer : J`aime que les chansons aient leur indépendance, que le public se les approprie. J`aime la plupart des chansons mais pour ce qui est de moi, de mon égo, je ne tiens pas spécialement à rester pour toujours sur la planète. Je suis ravie à l`idée de partager mes éléments, après la mort, et de revivre sous forme de carbone, calcaire... Que la vie continue sans moi ! Sans adhérer à une religion en particulier, je suis assez mystique et j`aime me sentir reliée au reste du monde. Ne pas être simplement soi, centré sur sa petite personne, est un sentiment très équilibrant.

© Aurélia Vartanian


AVIVA-Berlin : Déjantée, délirante : au fil du temps les journalistes n`ont cessé de vous qualifier ainsi. Cette facette de votre personnalité s`exprime-t-elle en priorité sur scène, dans la musique, ou bien est-elle aussi présente dans votre vie de tous les jours ?

Catherine Ringer : Beaucoup de journalistes disent aussi maintenant : "bien qu`elle soit moins délurée que dans sa jeunesse...", "elle s`est assagie". Suis-je toujours marrante et curieuse ? La fantaisie, le plaisir de vivre, les petites aventures de tous les jours, sauter sur les occasions de rire, de s`étonner... sont des choses que j`aime à la vie comme à la scène.

AVIVA-Berlin : Cette passion pour la fantaisie, la joie de vivre, vous la rattachez √† l`histoire de votre p√®re, Sam Ringer, un jeune peintre juif arr√™t√© en Pologne au d√©but de la guerre et qui a surv√©cu √† la d√©portation, puis est venu vivre √† Paris o√Ļ vous √™tes n√©e. "Je me sens responsable de la joie" dites vous dans une interview.

Catherine Ringer : Le fait d`avoir eu tant de morts autour de moi, dans mes ascendants, dans cette guerre terrible qui a touch√© les deux c√īt√©s de ma famille, m`a rendue comme d√©positaire d`un effet inverse, d`une rage de vivre, comme un gazon qu`on rase et qui repousse encore plus, un poil qu`on arrache et qui revient de plus belle ! Une herbe folle, porteuse d`une force de vie d√©multipli√©e.

AVIVA-Berlin : Dans une chanson tr√®s √©mouvante de l`album Cool Fr√©n√©sie (2000), C`√©tait un homme, vous √©voquez votre p√®re, sa passion pour l`Art qui l`a soutenu dans l`√©preuve de la d√©portation, sa force de caract√®re, le miracle de sa survie dans les camps o√Ļ il a √©t√© intern√© entre 1940 et 1945. "C`√©tait un homme difforme" chantez-vous. L`expression ne risque-t-elle pas de choquer ?

Catherine Ringer : L`expression, n√©e de la rime homme/difforme, est en effet difficile. Certaines personnes ont pu la trouver bizarre. Mon p√®re avait √©t√© d√©form√© par les camps et n`√©tait pas capable d`√™tre une personne √† part enti√®re, au niveau des ressources sentimentales et psychologiques. J`ai souffert d`avoir un p√®re qui n`√©tait pas facile. En tant que peintre, il aimait √©galement le difforme, le monstrueux, le grotesque, inspir√© en cela par J√©r√īme Bosch dans sa peinture.

AVIVA-Berlin : La chanson Le petit train décrit le parcours bucolique d`un train dans la campagne. Puis on s`aperçoit qu`il s`agit d`un train de la mort. Le thème est tout à fait inédit dans l`univers de la musique pop/rock/électro. Comment avez-vous eu l`idée d`écrire cette chanson ?

Catherine Ringer : J`ai vu passer un jour dans la rue des petits enfants d`une √©cole maternelle qui se tenaient les uns les autres par les √©paules en chantant cette chanson d`un chanteur fran√ßais des ann√©es cinquante : "le p`tit train s`en va dans la campagne..." A ce moment-l√†, j`√©tais en train de composer avec mon partenaire Fred une musique dans le style de Prince, pour laquelle nous n`avions pas encore de paroles. Soudain, la vision de ce train dans la campagne m`a √©voqu√© les trains vers les camps. Ce n`√©tait pas quelque chose dont j`avais l`intention de parler en tant que fille de d√©port√© etc. C`est une image qui s`est impos√©e √† moi, une soudaine √©vidence : l`image de ce train dans lequel des choses horribles se passent, au milieu d`un paysage verdoyant, o√Ļ le lait d√©borde des mamelles des vaches et des femmes nourrici√®res. C`est une onde po√©tique qui est √† l`origine de cette chanson comme de beaucoup d`autres.

© Aurélia Vartanian


AVIVA-Berlin : En concert, votre compagnon Fred Chichin vous accompagnait √† la guitare. Aujourd`hui, c`est votre fils de 19 ans, Raoul, qui se tient sur sc√®ne √† vos c√īt√©s. Quel a √©t√© son parcours musical ?

Catherine Ringer : Raoul était déjà un super musicien, ayant fait ses preuves depuis deux ans sur scène dans des clubs avec son groupe, quand je lui ai demandé de participer comme interprète sur les séances de studio de l`album Ring N`Roll. Quand j`ai monté la tournée, j`ai gardé le batteur et le bassiste de la tournée précédente, mais j`ai voulu changer le joueur de clavier et le guitariste. C`était une chose logique de demander à notre fils de nous rejoindre et nous en sommes très contents. Si son père n`était pas mort, cela se serait déroulé de la même façon. L`idée avait déjà été évoquée des années auparavant, quand il était plus jeune et qu`il apprenait la guitare : "peut-être qu`un jour tu pourrais venir jouer avec nous..." lui disait-on. Il a appris la musique en autodidacte, en travaillant sur les disques à l`oreille, comme ses parents avant lui, en demandant des conseils. Après c`est les premiers publics qui font figure de second professeur ! En revanche, chaque fois que j`ai essayé, en tant que parent, de mettre un gamin en présence d`un enseignant de piano, ça n`a jamais marché !

AVIVA-Berlin : Votre rapport à la musique s`est-il modifié avec le temps ? Avez-vous accru votre compréhension de la musique au fil d`une carrière débutée il y a plus de trente années maintenant ?

Catherine Ringer : Je fais des progr√®s. J`essaie de rester en apprentissage. Etant autodidacte, j`ignorais beaucoup de choses. Par exemple, j`ai √©t√© pendant des ann√©es r√©fractaires au solf√®ge, apr√®s une aventure malheureuse qui m`est arriv√©e √† l`√Ęge de huit ans. Depuis que j`avais trois ans, je jouais √† la fl√Ľte tout ce que j`entendais. Au bout d`un moment, j`ai eu envie d`en savoir plus, d`aller √† l`"√©cole de la flute". "Connaissez-vous la musique ?" M`a-t-on demand√©. Comme je ne connaissais pas le solf√®ge, j`allais √™tre contrainte de passer deux ann√©es √† l`apprendre avant de pouvoir √† nouveau toucher un instrument ! Depuis j`ai acquis quelques connaissances en solf√®ge, alors que c`√©tait encore un probl√®me dans les Rita Mitsouko, Fred √©tait d√©sol√© que je refuse m√™me d`apprendre les accords de guitare.

AVIVA-Berlin : Une de vos chansons les plus marquante, La Sorcière et l`Inquisiteur (sur l`album Cool Frénésie, en 2000), raconte, dans une ambiance un peu médiévale, l`histoire d`amour fulgurante entre une femme condamnée pour sorcellerie et son bourreau. Comment avez-vous écrit cette chanson ?

Catherine Ringer : Tony Visconti (producteur des Sparks et de David Bowie) et Fred attendaient que je termine les paroles de trois ou quatre chansons de l`album Syst√®me D dont nous avions fini les m√©lodies. J`√©tais enferm√©e dans un bureau depuis deux jours, enferm√©e dans mes textes que je n`arrivais pas √† r√©diger, horriblement anxieuse, car j`avais d√©j√† noirci beaucoup de papier. J`ai pos√© le stylo avec lequel j`√©crivais de la main droite et soudain j`ai vu mon autre main qui disait "essaye moi ! essaye moi !" comme dans Alice au pays des merveilles. Cela m`a imm√©diatement calm√©e et j`ai commenc√© doucement √† √©crire avec la main gauche, la main du cŇďur, de l`inconscient, cette histoire qui m`est apparue comme flash, une illumination int√©rieure : celle d`une vie ant√©rieure qui aurait √©t√© la mienne.

AVIVA-Berlin : Après la mort de votre compagnon, vous avez perdu l`envie de chanter. Trois ans et demi plus tard, Ring N`Roll, votre premier album solo, est unanimement salué par la critique pour sa joie, son énergie ludique ou chaotique, sa force de vie toujours présente. Cet album porte aussi une profonde mélancolie, qu`on entend principalement dans la chanson Mahler, hommage intime et bouleversant à Fred Chichin. Le fait d`être un personnage public, d`être souvent interrogée sur ce deuil, vous a-t-il aidé ou vous a au contraire été pénible ?

Catherine Ringer : Les deux √† la fois. Cette chanson a pour musique la Symphonie n¬į5 de Mahler, qu`on entend dans le film de Visconti La mort √† Venise. Mais ce n`est pas la raison de mon choix. C`est simplement une musique que Fred aimait tout particuli√®rement.

AVIVA-Berlin : Merci beaucoup pour cette interview et bonne chance pour tout.
Catherine Ringer : C`est moi qui vous remercie !

Albums :
Les Rita Mitsouko:
1984 : Rita Mitsouko
1986 : The No Comprendo
1988 : Marc & Robert
1993 : Système D
2000 : Cool Frénésie
2002 : La Femme trombone
2007 : Variety (édition française) / Variety (version anglaise).

Catherine Ringer:
2011 : Ring N`Roll

Pour plus d`informations :
www.catherineringer.com
www.myspace.com/ritaspirit

Vidéo Clips :
Marcia Ba√Įla
Cool Frénésie
Le petit train

Pour lire cette interview en allemand

Articles sur AVIVA-Berlin :
Les Rita Mitsouko - Variety
Catherine Ringer - Ring n`Roll


Interviews Beitrag vom 27.10.2011 AVIVA-Redaktion 





  © AVIVA-Berlin 2018 
zum Seitenanfang suche sitemap impressum datenschutz home Seite weiterempfehlenSeite drucken